www.farahdouibi.fr

contes

www.farahdouibi.fr

Le Bâtisseur

ou Le Bâtisseur qui ne Savait Pas Dire Non

Sur le conte

Paratextes

 


Structure en trois temps


Ce conte a été conçu sur des valeurs symboliques. Le chiffre 3 y a une place de choix. Ainsi, il y a 3 grandes parties dans le conte et chacune d’elles est divisée également en 3 subdivisions.

=== 1er JOUR === === 2e JOUR === === 3e JOUR ===
L’orgueil La contrainte Le sacrifice
Le boulanger Le père Les naufragés
La crémière Le chef du village
Le petit berger Le prêtre

J’ai pensé la subdivision des naufragés pour valoir trois subdivisions. C’est la raison pour laquelle elle regroupe une foule de personnes – au lieu d’une à chaque subdivision – et qu’elle dure toute la journée « jusqu’à la nuit tombée », comme trois subdivisions.


Amplification graduelle


L’amplification dans le récit est graduelle et, là encore, en trois temps. Amplification dans les procédés d’écriture, procédé d’amplification dans les illustrations, évolution graduelle du mauvais temps. Voici quelques exemples dans les formes les plus significatives.

 

A) Au sein des parties    

  • Le 1er jour, il est encore possible au bâtisseur de prioriser son travail.
  • Le 2e jour, il lui est difficile de le faire à cause des liens de contrainte.
  • Le 3e jour, il est presque impossible de résister face à la détresse.

B) Au sein des subdivisions

  • Pour la 1re partie, le boulanger est un homme fait, fort et apte aux travaux physiques. La crémière est une femme ; moins forte physiquement, il sera plus difficile de lui refuser son aide qu’à un homme fort. Enfin, le petit berger est un enfant de 8 ans. Bien plus faible physiquement et démuni par définition, il est encore plus difficile de lui refuser de l’aide qu’à un adulte.
  • Dans la 2e partie, le père joue sur son autorité dans le foyer. Le chef du village, lui, sur son autorité étendue au village. Enfin, le prêtre possède une autorité spirituelle toute-puissante puisqu’il représente une déité, autorité mystérieuse qui transcende les limitations géographiques.
  • La 3e partie est le summum. La difficulté est de savoir que pour ces naufragés, c’est leur vie qui est dans la balance, pas un pétrin, une salle d’affinage ou une petite maison de berger, ni un confort. En plus de viser de nombreuses personnes, le danger est mortel et immédiat : il est pratiquement impossible de refuser son aide dans de telles circonstances.

Nota bene : si le bâtisseur avait pris les bonnes décisions dès le début – et il avait pour ce faire six occasions – venir en aide aux naufragés n’aurait pas posé de problèmes.

C) Graduation atmosphérique

  • En parallèle, la météorologie accompagne ces graduations jusqu’au cataclysme, somatisation des difficultés du bâtisseur au travers des intempéries.

Compréhension et intégration


En dehors de la graduation en trois temps, je voulais permettre la compréhension du récit de la manière la plus optimale possible afin de servir le message. Je suis passée par le principe d’unité

  • une page double présentant une unité d’action et de lieu ;
  • une illustration par page double en concordance parfaite avec le texte qui y fait face, destinée à accompagner et faciliter la compréhension.

Enfin, j’ai souhaité appuyer ces mécanismes de compréhension à des mécanismes d’intégration pour permettre au message de rester durablement dans les mémoires. Pour cela, j’ai utilisé ces techniques :

  • une structure (récit, nombre de vers…) pour chaque partie et subdivision la plus semblable possible ;
  • répétition de mots ou d’expressions ;
  • utilisation de vers et de rimes pour le rythme et les sonorités.

Un conte modulaire


Avoir une structure aussi semblable entre subdivisions permet de rendre le conte modulable. Ainsi, dans la partie NOTE PRATIQUE du début du livre, je vous ai proposé une version tronquée pour raccourcir la lecture.  La version courte proposée est, par ailleurs, une parmi tant d’autres possibles. Plutôt que de choisir le petit berger (1er jour), le chef du village (2e jour) et les naufragés (3e jour), vous pouvez bien sûr en choisir d’autres : le boulanger, le père et les naufragés, ou bien la crémière, le prêtre et les naufragés, etc.

Mais encore pourriez-vous réaménager les subdivisions comme bon vous semble, en prenant par exemple une subdivision du 1er jour, deux du 2e jour et le 3e jour, etc. Vous pourriez également ne lire que le 1er et le 3e jour afin de mettre l’accent sur l’orgueil, ou bien ne lire que le 2e et le 3e jour pour mettre en avant les liens contraignants qui nous aliènent.

Pour aller encore plus loin, pourriez-vous, encore, inventer d’autres personnages que vous aimeriez bien voir dans cette histoire et qui seraient vos personnages à vous.


Si tu rencontres ton maître…


Je vais à présent vous parler de la naissance de la deuxième partie du conte, ce deuxième jour où le bâtisseur rencontre son père, le chef de son village et le prêtre, et où une même idée de contrainte les lie.

Au IXe siècle en Chine, Lin-tsu disait : « Gardez-vous […] de vous laisser égarer par les gens. Tout ce que vous rencontrez, au-dehors et même au dedans de vous-même, tuez-le. Si vous rencontrez Bouddha, tuez le Bouddha ! Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche ! Si vous rencontrez un Arhat*, tuez l’Arhat ! Si vous rencontrez vos père et mère, tuez vos père et mère ! Si vous rencontrez vos proches, tuez vos proches ! C’est là le moyen de vous délivrer, et d’échapper à l’esclavage des choses ; […] »

Ces termes forts montrent la volonté de faire disparaître les liens qui nous rendent faux, nous contraignent dans une voie qui n’est pas la nôtre, nous aliènent. Comme je souhaitais dégager de cette notion trois personnages, les plus représentatifs des liens aliénants de notre société, j’ai adapté ces propos ainsi :

Si tu rencontres ton père, tue-le.
Si tu rencontres ton maître, tue-le.
Si tu rencontres ton dieu, tue-le.

Ce qui m’a amenée à construire le tableau suivant :

  Représentant Espace Représente Infantilise le bâtisseur en Projection de peur par
1 chef de famille maison le père l’enfant l’abandon
2 chef du village village le chef / maître l’administré l’autorité
3 chef spirituel ces terres le dieu l’ouaille l’inconnu surpuissant

Tout cela afin qu’à l’obscurité succède la lumière, à la nuit le petit matin ; pour que, erreur après erreur, le bâtisseur s’ouvre à la vérité, la connaissance, la conscience et par là, fasse un pas vers sa souveraineté.

* dans le bouddhisme, homme ayant atteint le dernier échelon de la sagesse.